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Jean CLAVAL – Paris




JUSTE MESURE



Le poète pense tout ce qu’il dit
Mais doit-il exprimer tout ce qu’il pense ?
La franchise peut nuire à son crédit,
En arrivons-nous à ce point en France ?
Nous jouissons encor de libertés,
Sincérité ne devient pas offense
Quand le censeur, franchie sa puberté,
Accorde à l’écrivain quelque licence.
Le poète abhorre la sujétion
Et les dictateurs briseurs de conscience :
Donc, on l’assassine en quelques nations.
Ne connaissons pas cette déchéance !
Certes, il faut son verbe apprivoiser,
Calmer parfois d’un ton la virulence ;
Gardons-nous de pesamment dégoiser,
Conservons toujours bonne tolérance.
Au sein des sujets lui tenant à cœur,
Le poète, bien inspiré par chance,
Privilégiera la vie, la ferveur
Et proclamera son indépendance.


CASANIER



En faisant voile vers New York
Je ne vis ni dauphin ni orque.
De passage à Los Angeles
Je côtoyai force drôlesses.
En route pour Acapulco
Je me perdis à Mexico.
Durant l’escale à Tahiti
Je me sentis fort décati.
Avec soin j évitai Tokyo
Et sa pollution, est-ce idiot ?
Pendant une halte à Shanghaï
Je ne découvris que pagaille.
Visitant le temple d’Angkor
Je souffris beaucoup de mes cors.
Je m’arrêtai peu à Phnom-Penh
Où l’indigène me fit peine.
Stoppant pour un jour à Lisbonne
On m’y proposa maintes bonnes.
Sous les pluies drues à Malaga
Je crus bientôt tourner gaga.
Enfin de retour à Paris
Ma petite amie m’a souri
Et m’a dit Que donc cherches-tu
Dans tous ces pays, grand têtu ?
Depuis je traînasse en pantoufles,
Sans nul ressort, tout avachi,
N’allant pas plus loin que Bondoufle,
Courbevoie, Saint-Maur ou Clichy.




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