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Roland MARX – Plainfaing (Vosges)


LE SANGLIER



Il porte sur le front des siècles de fureur,
La hargne des seigneurs qui le chassaient naguère
Quand sa harde affamée au boutoir éventreur,
Barbare, déferlait, telles légions en guerre,
Sur les maigres lopins où le serf s’échinait.

Émergeant de sa bauge et des noires légendes
Où l’intense clarté du jour le confinait,
Il surgit des taillis en lourdes sarabandes
Qui font trembler le sol, le peuple des forêts,
Jusqu’à la lune rousse auréolant sa hure.

Corps massif et trapu, l’empereur des gorets,
Fracture le sous-bois pour sa progéniture,
Les marcassins en file au pelage rayé.

Et lorsque prennent fin ses prairies frénétiques,
Quand l’effroi de la nuit par l’aube est balayé,
Il retourne au séjour des monstres méphitiques,
L’Ardenne, le Latium et les contrées celtiques.


(Inédit – première page d’un futur bestiaire vosgien)






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